sandra VANDREMEERSCH

(France)

Sans titre


Tapisser d’une moquette blanche très épaisse les murs d’angle et le sol sur une surface de 4 m2 environ sous le lustre.
Parfumer cette moquette d’une odeur très douce venant d’un parfum très ordinaire (grande surface).
Encastrer dans le mur du fond une projection vidéo sonore mettant en scène des moments passés dans des hôtels de luxe intercalés avec des scènes de bain, l’une très ordinaire, l’autre faisant écho au « luxe » telle que la publicité des années 80 nous le montrait avec son savon.
Fonds sonores de bruits d’eau et de contines allant jusqu’au cri ou au grincement de la bande son.
Il s’agit de passer d’une image du luxe désuète faisant référence aux stars et standards du luxe des années 80 à une image de l’ordinaire quelque peu voyeuriste qui transite dans nos écrans actuellement : montrer comment le luxe d’aujourd’hui se mêle à la banalisation de l’image d’ordinaire.
« Le bain » est une des scènes types de la féminité, allant de la métaphore de la fécondation ou de l’origine à celle de la séduction en passant par celle d’un certain pouvoir de l’inactivité.
Se situer sous le lustre et dans un angle de la pièce me permet d’isoler cet espace de la féminité, comme tout bain, dans un hôtel, est aux confins d’une chambre. La moquette blanche est toujours dans la publicité synonyme de pouvoir d’achat mêlant la pureté au confort et reniant « toute chose corporelle. » Comme un écrin, cette moquette qui englobe le spectateur dans un angle sous les feux des projecteurs ( = du lustre, sur lequel sera rajouté quelques éclairages violines, ou accentuant le côté « strass » en vogue actuellement dans la consommation bas de gamme et haut de gamme) est fait pour un moment de repos tout autant que pour un moment de questionnement sur ce qui fait la sensation du luxe.
Il s’agit de révéler le déplacement des frontières entre les genres (du luxe au banal, de l’exception à la masse, du doux au rugueux) et ainsi de déplacer la perception sensible, voire sensuelle, de nos univers de consommation et d’imagination. L’hôtel est un espace ou chaque individu est unique, où les femmes deviennent des stars, Paris est la ville du luxe, la rue de Rivoli le passage du tourisme qui « croit au luxe »… Mon installation tente de recentrer au final, dans un sentiment poétique, l’afflux d’informations poreuses en ce qui concerne le rapport du luxe à l’ordinaire au sein de chaque individu sollicité tout autant dans sa masse que dans son unicité.
Bref, de glisser une pause active et questionnante dans une course passive à l’élaboration de sa propre personne devenue participante d’une élaboration médiatique et sociologique plus vaste.

 

DEMARCHE ARTISTIQUE

Mon travail met en scène des fictions de l’ordinaire qui, par le biais de tout un système de références en vacillement constant, interrogent la fragilité du réel et du symbolique, deux grands mouvements entre lesquels nous circulons sans cesse. Il s’agit de sorte de contines ou d’espaces poétiques, qui mettent à mal la question de la narration et de tout ce qui se donne comme type d’appropriation filmique. Passer de la référence à la citation de l’ordinaire, de la préciosité à une sensation de globalité, de la séduction à l’oubli, de la surcharge au manque, du discours à la vacuité du discours, de l’image à la vacuité de l’image… Je crée des espaces dramatiques qui sont déviés d’eux-mêmes dans le temps qu’ils se donnent au regard, comme un système esthétique et discursif qui s’enroulerait sur lui-même, toujours à la limite de sa propre perte. Mon travail serait dans le fil de ce qu’il donne à voir ou à penser. C’est la question du doute quant aux repères culturels qui se situent aujourd’hui dans l’univers du flottement, de l’hybridation et du mélange des genres que je tente de soulever.
Teinté et emprunt des imaginaires collectifs référencés aux médias et au cinéma, mon travail ouvre une brèche sur ce qui, dans l’histoire collective, semble être devenu des « acquis de la sensibilité. » Détournés et mis au service de mon univers propre, ces marquages sensibles de la culture globale se transcendent par le négatif, ils sont sublimés dans un espace autre, par la petite porte pourrait-on dire. Disloqués et basculés soudainement à la lisière de l’anecdotique ils acquièrent une nouvelle teneur dramatique. Aussi, du mythe à l’anodin, et inversement, il y a un trouble émotionnel que je tente d’approcher en décousant un système de référence sans jamais le briser.
La nature de mon travail repose sur le décalage d’appréciation, le risque pris par l’image. L’image peut prendre le risque de la référence sur son fil, vraiment prendre, c’est-à-dire faire basculer la référence, presque la rendre à ce qu’elle était avant d’être une référence, dans quelle authenticité, à quelle sensibilité appartenait-elle alors ? Les vidéos que je crée tentent de venir au plus près de l’image tout en s’entourant de toute cette déconstruction de la référence pour une autre sensibilité, même s’il s’agit d’ouvrir sur une absence

CV
France

Vit et travaille à Paris

Expositions
2003
Février Love video
Salon de la Jeune création, Grande Halle de la Villette
Avril Love video
Ecole des Beaux Arts de la Réunion
2002
Septembre Qu’est-ce que l’art domestique
Cité Universitaire Internationale, Paris
3 – 15 juin « 7emes vidéogrammes »
Vidéochroniques, Friche de la Belle de Mai, Marseille
Février, mai, mars, juin, décembre Love video
Prog. vidéo,
Glaz’art, Paris, Casa de las associations de Cannes (mai), Local 77, Paris (mars), Galerie CAD, Moscou (juin), Jardin d’Hélys, Dordogne (décembre)
Mars – juin Vidéokiosque n°1
Le Parvis / Centre d’Art Contemporain de Pau
(con N.J. Park, B. Viola, P. Rist, T. Ousler, S. Benning, L. Benat, J. Baldessari, …)
2 – 15 février Passé sous silence
Galerie Martine y Thibault de la Châtre, Paris.
2001

5 Décembre Cette nuit j’ai fait un rêve
Soirée Vidéo art, Café Oz
11 – 21 Décembre Facteur de trouble
Espace Reverdy, Université de Nanterre
Décembre La micro
Local de la Jeune Création
9 juin – 8 juillet Ego
Centre d’Art Contemporain Albert Chanot, Clamart
18 mai – 10 juin Immersion périscopique
L’Arsenal, Centre d’Art Contemporain de Soissons
13 – 27 avril Workshop – Slip it in
Sala Michel Journiac, Centre Saint Charles, Paris
12 – 22 avril La jeune Création
Grande Halle de la Villette, Paris
6 avril « Prospect n° 1 »
Friche la Belle de Mai, Marseille
2000
26 – 16 novembre Elémentaire
Eglise Saint Germain, Amiens
9 – 14 octobre « 7emes vidéogrammes »
Vidéochroniques, Friche de la Belle de Mai, Marseille
Mai – juin Corps Obsession
Centre d’Art Contemporain de Clamart
1999
juillet Duo
La Chaise Dieu, Haute Loire
1997
17 mai – 1 avril Point(s) de vues
Domaine du Sauchoir, Evry-Etiolles
Avec G. Rousse, C. Benzaken, E. Rondpierre, P. Ramette.

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